1. Introduction : Le Changement de Paradigme de la Préservation Articulaire
.Autrefois considérée comme une intervention complexe et grevée d'une morbidité importante, elle est désormais le "gold standard" pour retarder ou prévenir la coxarthrose chez le jeune adulte.
La morphopathologie de la dysplasie acétabulaire, caractérisée par une insuffisance de couverture de la tête fémorale (souvent définie par un angle de couverture latérale ou LCEA ≤ 20°), induit une concentration pathologique des contraintes mécaniques sur une surface cartilagineuse réduite.
D'un point de vue biomécanique, l'analogie de la "pression par unité de surface" demeure la plus didactique : effectuer des pompes sur un seul doigt plutôt que sur le plat de la main génère une pression insoutenable. La PAO vise précisément à augmenter le capital articulaire disponible en réorientant l'acétabulum pour "revenir sur la paume", rétablissant ainsi une distribution physiologique des pressions. Cette transition vers une approche anatomique rigoureuse repose sur les fondements techniques de la procédure de Bernese.
2. Fondements et Approches Chirurgicales Contemporaines
Décrite par Reinhold Ganz au début des années 1980, la technique originale repose sur une série de quatre ostéotomies précises (ischion, branche ilio-pubienne, aile iliaque et région rétro-acétabulaire) complétées par une fracture contrôlée. L'innovation majeure réside dans le maintien de l'intégrité de la colonne postérieure, assurant une stabilité intrinsèque du bassin qui autorise une rééducation précoce. Un aspect critique de cette technique est la préservation de la vascularisation du fragment acétabulaire et de l'auvent fessier (muscles glutéaux), ce qui maintient des tissus "vierges" et facilite grandement une éventuelle arthroplastie totale de hanche (PTH) future.
Les voies d'abord ont évolué pour minimiser le traumatisme chirurgical :
• Smith-Petersen modifié : L'approche de référence offrant l'exposition la plus complète pour les réorientations complexes.
• Abord "Bikini" : Variante esthétique utilisant une incision transversale dans le pli de l'aine. Cette approche mini-invasive séduit par sa discrétion cicatricielle sans compromettre la précision du geste osseux.
• Double approche (Smith-Petersen et Kocher-Langenbeck) : Rarement utilisée mais précieuse pour optimiser la précision de correction dans les dysplasies sévères tout en limitant les risques de lésions nerveuses permanentes.
La précision peropératoire est aujourd'hui sublimée par la planification 3D basée sur l'imagerie scannographique et l'utilisation de guides de repositionnement sur mesure en impression 3D. Ces outils, couplés à l'utilisation systématique de l'amplificateur de brillance (C-arm) ou de la table de Judet, permettent d'atteindre les objectifs radiographiques (LCEA, angle de Tönnis) avec une reproductibilité millimétrée.
3. Analyse de la Survie de l'Articulation à Long Terme
La réussite de la PAO s'évalue à l'aune de sa survie à long terme, critère essentiel pour une population jeune et active.
L'analyse démontre que la longévité de l'intervention est intimement liée au stade d'arthrose préopératoire. Une intervention précoce, avant l'installation de lésions cartilagineuses irréversibles, est le facteur pronostique majeur. L'échec, défini par le passage à l'arthroplastie, est souvent le résultat d'une dysplasie négligée ou d'une asphéricité persistante de la jonction tête-col.
4. L'Apport de l'Arthroscopie Concomitante : Traiter la Cause et l'Effet
La logique clinique impose de traiter simultanément la cause osseuse (dysplasie) et ses conséquences intra-articulaires (lésions chondrolabrales). L'arthroscopie permet d'adresser précisément :
• Le labrum : Réparation ou débridement des déchirures quasi systématiques.
• Le cartilage : Évaluation des grades de Beck (notamment les grades 1, 2, 4 et 5 fréquemment observés).
• L'effet came : Ostéochondroplastie de la jonction tête-col pour éliminer un conflit secondaire.
5. Élargissement des Indications et Gestion des Risques
L'âge civil ne constitue plus une barrière stricte. L'étude de Leopold et al. (2024), comparant quatre groupes (<20, 20-30, 30-40 et >40 ans), n'a montré aucune différence significative dans les scores fonctionnels (iHOT-12, mHHS) ou la satisfaction globale. L'âge biologique et l'intégrité cartilagineuse prévalent sur le nombre des années.
La sécurité clinique repose sur une gestion rigoureuse des risques :
• Complications nerveuses : <2 %, principalement le nerf sciatique ou le nerf cutané latéral de la cuisse.
• Infections : ~1 %, risque majoré par le tabagisme ou un IMC élevé.
• Pseudarthrose : Exceptionnelle grâce à la richesse vasculaire préservée lors des ostéotomies.
• Récupération fonctionnelle : La mise en charge (MEC) est classiquement limitée à 1/6ème du poids du corps ("pied plat contact") pendant les 6 premières semaines pour protéger la consolidation.
• Retour aux activités : Le délai moyen pour retrouver les réflexes nécessaires à la conduite automobile est de 6 à 8 semaines.
6. Conclusion : Vers une Standardisation de la Chirurgie de Préservation
La PAO de Ganz a transformé une pathologie malformative inéluctable en une condition traitable avec succès. La pratique moderne repose sur trois piliers : la précision de la correction morphologique (planification 3D), une gestion raisonnée des lésions intra-articulaires et un suivi longitudinal rigoureux.
En investissant précocement dans la préservation du capital articulaire, nous ne nous contentons pas de traiter une douleur ; nous modifions l'histoire naturelle de la maladie. Cette stratégie est impérative pour réduire l'impact socio-économique global de la coxarthrose secondaire chez les sujets jeunes, leur permettant de maintenir une vie active et sportive sans les contraintes d'une prothèse précoce.