La prothèse totale de hanche (PTH) est souvent célébrée comme l'une des interventions les plus abouties de la chirurgie moderne, avec un taux de réussite oscillant entre 80 et 93 %. Pourtant, derrière ces statistiques élogieuses se cache une réalité plus nuancée pour une frange de patients (2 à 6 %). Pour eux, l'opération ne signe pas la fin du calvaire, mais l'apparition d'une nouvelle douleur, précise et handicapante, logée au creux de l'aine.
Si l'échec d'une prothèse évoque souvent l'infection ou le descellement, le conflit de l'ilio-psoas s'impose comme une cause de douleur inguinale aussi fréquente que méconnue. Ce syndrome survient lorsque le tendon du muscle ilio-psoas vient buter ou frotter contre un composant de la prothèse.
Le profil type du patient souffrant d'un conflit est souvent évocateur. Dans 63 % des cas, les douleurs apparaissent après un « intervalle libre » (une période de répit sans douleur) de moins de 6 mois après l'opération.
La douleur n'est pas constante ; elle se réveille lors de sollicitations mécaniques précises où le tendon est mis sous tension contre le métal :
Lorsqu'un conflit est suspecté, l'infiltration de corticoïdes sous guidage scanner constitue l'étape pivot. Elle possède une double vertu. D'une part, elle valide le diagnostic : si la douleur disparaît après l'injection, le conflit est confirmé. D'autre part, elle offre une réponse thérapeutique concrète.
Les résultats de l'étude montrent que 63 % des patients atteignent ce que les experts appellent le MCID (Minimal Clinically Important Difference), c'est-à-dire une amélioration du score de récupération suffisamment importante pour être réellement perçue et appréciée par le patient. Avec une efficacité moyenne de 6 mois, cette option peut, chez certains sujets, stabiliser l'inflammation et permettre d'éviter une reprise chirurgicale.
En cas d'échec du traitement médical, la chirurgie s'impose. Le praticien fait alors face à un choix cornélien : traiter la « victime » (le tendon) ou le « coupable » (la cupule).
La première option est le changement de cupule. En repositionnant l'implant pour supprimer le débord, on traite la cause racine, permettant d'obtenir une force musculaire normale (score MRC de 5/5) et un meilleur score de Postel Merle d’Aubigné (PMA). Mais cette intervention comporte des risques, en particulier infectieux.
La ténotomie, moins invasive, affiche des résultats intéressant, avec beaucoup moins de risques opératoires. Elle peut être pratiquée sous endoscopie, en chirurgie ambulatoire.
Elle consiste à sectionner le tendon du muscle iliopsoas pour l'allonger, supprimant ainsi le conflit mécanique et la pression contre l'implant débordant. A travers deux petites incisions de 1 cm, le chirurgien utilise une caméra pour libérer le tendon, souvent au niveau du petit trochanter (fémur). Elle peut être pratiquée en ambulatoire.
« Une prise en charge infiltrative doit toujours être proposée quelle que soit la cause. Une ténotomie peut être réalisée en première intention, mais en cas de débord important ou de rétroversion acétabulaire, une révision acétabulaire doit être envisagée. »
Si le débord de la cupule est le suspect principal, le diagnostic doit rester exhaustif. Le recours au protocole scanner MARS (Metal Artifact Reduction Sequence) est ici indispensable pour s'affranchir des reflets métalliques qui parasitent l'image et masquent parfois la réalité anatomique.
L'étude liste plusieurs autres facteurs de tension pour le psoas :
La satisfaction d'un patient après une prothèse de hanche tient parfois à un réglage de quelques millimètres. La rigueur technique du positionnement de la cupule est la clé pour prévenir le conflit de l'ilio-psoas.
Le message à retenir : Devant une hanche qui « coince » ou qui fait mal lors de la montée en voiture, le seuil de 4 mm au scanner anatomique doit être le juge de paix. Si 4 millimètres suffisent à transformer une réussite chirurgicale en douleur chronique, il est certain que l'imagerie 3D et la robotique seront les alliées indispensables des chirurgiens pour garantir, demain, une précision absolue et des hanches véritablement « oubliées ».